Continuité et rupture en histoire
Le riche compte-rendu que Jérôme Baschet consacre à L'image à l'époque gothique de Jean Wirth soulève de nombreuses questions, qui dépassent largement le débat d'excellents spécialistes qu'ils sont tous deux. Comme j'ai eu l'occasion de le remarquer moi-même, Baschet souligne l'insistance de Wirth sur le rapport entre les images et les textes, rapport qui bascule plus souvent du côté de la dépendance que de l'indépendance : le premier reproche assez fortement au second de reprendre "à son compte la thèse classique d'une limitation de ses (l'image) capacités de sémantisation, notamment dès lors qu'il s'agit de créer l'équivalent de propositions, de formuler une négation ou de signifier des abstractions."
Mais Baschet porte surtout son attention sur un autre aspect du livre de Wirth, celui qu'il considère comme "'l'un des aspects les plus marquants de la démarche" de ce dernier : "l'attention à une chronologie fine". Il ne s'agit pas de dire que Wirth se contente d'améliorer une méthode classique en histoire de l'art, la périodisation, qui permet d'établir une histoire des styles, la courbe d'une carrière artistique, de dater des oeuvres anonymes et, au bout, de classer les réserves d'un musée. L'enjeu est beaucoup plus théorique. Il s'agit de se demander dans quelle mesure l'attention à la chronologie, à la succession des oeuvres, permet de dégager du sens, une portée culturelle qui excède cette seule chronologie. Baschet pose d'abord le problème en opposant une approche diachronique (celle de Wirth) et une approche synchronique (la sienne):
"La reconnaissance de la puissante dynamique qui anime la société médiévale dans son ensemble, et la production des images en particulier, impose d’analyser chaque œuvre dans le moment précis de sa réalisation. A cet égard, J. Wirth nous met judicieusement en garde contre une approche sérielle des images qui ne prendrait en compte le vecteur chronologique que de façon trop lâche. Mais, à rebours, le fil temporel qu’il suit pour déployer une dynamique de transformation conduit sans doute à édulcorer la variabilité synchronique que l’étude sérielle se doit également de mettre en évidence, afin de « déshomogénéiser » le contemporain, pour en saisir les contradictions, les tensions, les décalages constitutifs."
On pourra reconnaître là un débat classique, que l'anthropologie historique a placé quasiment au fondement de sa démarche, puisqu'il était déjà lancé par Lévi-Strauss dans l'introduction à Anthropologie structurale : à l'ethnologie qui compare dans l'espace s'oppose l'histoire qui compare dans le temps. Et Lévi-Strauss de prôner une complémentarité des deux approches. L'anthropologie historique a depuis oscillé entre la tentation de la longue durée, qui permet de dégager des tendances structurelles dans l'évolution des sociétés, au-delà des épiphénomènes, des événements historiques superficiels ; et la tendance à la micro-histoire, à l'approche synchronique qui permet d'observer, dans l'horizontalité d'une coupe incisive dans le temps, la complexité du fonctionnement d'une société.
Mais ce débat, un peu vieux, est peut-être aujourd'hui dépassé. D'ailleurs Baschet ne continue pas son article dans cette direction, et ses propres écrits montrent que les deux tendances que j'ai relevées peuvent se côtoyer sans se contredire et que leur pertinence dépend plutôt du sujet abordé. Ce qui intéresse plutôt l'historien médiéviste aujourd'hui semble concerner un autre point : la question de la continuité ou de la rupture en histoire. En l'occurrence, il s'agit de s'interroger sur "l'articulation des périodes romane et gothique". N'oublions pas que le livre de Wirth, qui porte sur l'image gothique, fait suite à un livre sur l'image romane. Or il semble que ce qui justifie un tel découpage, ce n'est pas simplement la traditionnelle périodisation de l'histoire de l'art médiéval (art roman, art gothique) ; c'est beaucoup plus une rupture entre la société "romane" et la société "gothique". En quoi consiste cette rupture, selon Wirth ? Baschet le rappelle clairement : la société romane serait dominée par la réforme grégorienne, c'est-à -dire cette reprise en main, par la papauté, à partir de Grégoire VII (1073-1085), de l'Eglise et de la société en général, imposant un certain nombre de thèmes qui convergent dans le sens d'une dépréciation du mode de vie laïque : dualisme philosophique de l'âme et du corps (avec leur hiérarchisation), mépris du monde et de la chair coupable, images illustrant, à coups de monstruosités en tous genres, cette vision de la vie comme une vallée de larmes et de l'homme assailli par les démons. La société gothique au contraire serait imprégnée d'un optimisme retrouvé, marqué par une réconciliation de Dieu avec l'homme, de l'homme avec la nature, et des images plus paisibles, naturalistes et joyeuses, à l'image du célèbre ange de Reims.
Or, Baschet met en doute cette opposition:
"Si la dénonciation grimaçante des vices et le mépris pour une nature déchue ont une place de choix dans l’art roman, celui-ci est aussi animé par une dynamique anti-dualiste, inhérente au rôle croissant désormais conféré au décor du lieu rituel, ainsi qu’à la valeur spirituelle de l’édifice matériel qu’il orne. Dans la mesure où l’optimisme naturaliste du gothique paraît prendre sens sur le fond sombre et hyper-dualiste prêté à la période antérieure, une caractérisation plus ambivalente de l’image romane devrait favoriser un rééquilibrage symétrique dans l’analyse de l’époque gothique".
Bref, ce que reproche Baschet à Wirth, c'est d'avoir dérogé à son attention habituelle à la "chronologie fine" : d'avoir schématisé les deux périodes, pour mieux les opposer, quitte à gommer les chevauchements, les contradictions, les complexités qui rendent la frontière moins visible, entre le XIe et le XIIe siècle. Pour Baschet, il y a bien évolution, mais dans la continuité, pas dans la rupture.
Cette idée est importante car elle est transposable, généralisable. Comment penser la Renaissance, par exemple, ou la Révolution française, en termes de continuité avec ce qui précède ? Certains historiens s'y emploient, et en viennent à minimiser le rôle des ruptures en histoire. On pourrait dire ceci : il y eut une époque où les études historiques étaient dominées par une école de pensée marxiste ; en tant que telle, cette école impliquait l'association entre le changement et la révolution, la rupture radicale. Il me semble qu'un philosophe comme Foucault est encore débiteur, dans Les mots et les choses, d'une telle conception de l'histoire. Il revendique clairement en effet dans cet ouvrage de 1966 de ne pas chercher à établir de continuité entre les trois périodes, les trois épistémès qu'il décrit1. L'archéologie du savoir du même auteur est un essai entièrement consacré à la définition d'une méthode (la dite "archéologie") pour penser la discontinuité en histoire2. A quoi bon? pour ne pas tomber dans le causalisme, pour coller le plus possible au devenir, au réel. Car le devenir, le flux continu du changement des phénomènes, procède au hasard, sans causalité ni finalité. Attribuer une cause au hasard, c'est donc nier le devenir, c'est s'éloigner du réel, c'est vouloir chercher du sens là où il n'y en a pas. Le résultat : un découpage de l'histoire inédit, qui permet de relativiser la continuité de nos évidences, de la coïncidence de l'Homme et de son histoire en particulier. Mais Foucault force l'opposition entre ses trois régimes épistémologiques, en négligeant, voire en gommant les aberrations chronologiques que cela entraine.
Dans les années 80, quand il publie les deux derniers volumes de son Histoire de la sexualité, le ton et la méthode ont changé. L'histoire qu'il décrit est lente et continue. Il insiste autant sur les sources qui formulent une certaine position historique de façon classique, que des sources qui témoignent des transitions entre deux positions. C'est aussi que le rapport de Foucault au marxisme s'est distendu. C'est l'époque où le principe de révolution est remis en cause. Deleuze se moque ainsi, au même moment, des "nouveaux philosophes" qui font mine de découvrir que les révolutions tournent mal, parce que, dit-il, les Anglais avec Cromwell, les Américains, avec le succès du capitalisme, l'ont compris depuis longtemps. Et Deleuze d'invoquer un devenir-révolutionnaire qui ne se confond pas avec l'avenir des révolutions : cultiver le devenir-révolutionnaire, c'est cultiver notre sensibilité au devenir3. Mais Deleuze a beau se moquer de la naïveté des nouveaux philosophes, il n'a pas osé formuler lui-même sa critique de la révolution dans les années 60.
Revenons au débat Baschet-Wirth. Le discontinuisme de Wirth serait celui d'un historien encore imprégné d'une ambiance théorique marxiste, et qui continue de penser que le changement est révolutionnaire. Le continuisme de Baschet serait celui d'un historien qui remet en cause le paradigme de la révolution. Est-ce une remise en cause du devenir lui-même ? Je ne le crois pas, en tout cas pour cet auteur4. Mais avançons progressivement. Le livre de Wirth, Baschet le remarque, se termine sur une sorte de leçon pour le temps présent : Wirth, qui ne cache pas sa fascination pour l'époque gothique, la qualifie de "moment privilégié": une époque où "c'est la nature tout entière qui, naguère pensée comme le règne du péché, devient une empreinte divine" ; où "l'image connaît un essor quantitatif, mais aussi qualitatif exceptionnel, dans une esthétique fondée sur l'imitation de la nature" ; où, par ailleurs, se remarque "un progrès global, à la fois technique, politique et social" ; où enfin "les responsabilités et le pouvoir que cette société confiait à ses plus grands penseurs seraient strictement impensables dans le monde actuel." C'est cette dernière phrase qui m'intéresse le plus (Baschet reprend celle qui précède immédiatement). Non pas parce qu'elle est fausse (si Obama est élu président des Etats-Unis, on pourra dire qu'un professeur de droit de l'université de Chicago est devenu l'homme le plus puissant de la planète), mais parce qu'elle est anachronique. "Péché" redouté des historiens, l'anachronisme a la vertu heuristique de sauter les siècles et de rapprocher deux segments historiques séparés, afin de faire apparaître plus clairement des différences ou des similitudes5. En l'occurrence, l'anachronisme de Wirth a une portée politique. Il sous-entend que notre époque confère à ses savants, ses penseurs, ses intellectuels, une place dans la société qui leur retire toute possibilité d'agir sur elle, d'exercer un quelconque pouvoir. Wirth est-il nostalgique d'une époque où les "intellectuels engagés" fleurissaient et agissaient efficacement, l'époque de Lénine ou celle de Sartre ? Je ne sais pas et peu importe à mon propos. Car l'anachronisme politique de Wirth est pour moi le symptôme d'une prise de conscience de la part des historiens de leur responsabilité face à la société qui les fait vivre.
Sur ce point, Baschet en témoigne aussi bien, si ce n'est mieux. Dans son dernier livre, L'iconographie médiévale, il termine aussi sur quelques considérations parallèles entre l'image médiévale et l'image contemporaine. Ainsi s'oppose l'image-objet médiévale, associée au "régime figural faisant de toute réalité terrestre l'ombre à peine décryptable des vérités contenues en Dieu", qui relève "d'un système où les relations entre les hommes se donnent sous la forme de rapports entre les hommes et les puissances surnaturelles", à l'image-flux (l'expression est de moi), associé à un "régime de transférabilité ubiquiste d'images sans référents", qui "doit être mis en relation avec la marchandisation du monde et avec une logique dans laquelle les rapports entre les hommes se présentent comme des rapports entre les choses et, de plus en plus, comme des rapports entre des images." Le monde réel devient ainsi une image. On trouve dans ces phrases conclusives les échos de Debord et de Baudrillard et, en toute fin, un ton utopiste émouvant : après avoir nié préférer le premier régime au second, Baschet voit une solution "peut-être, dans le projet et l'espérance d'un monde où les images, sans s'évader d'une histoire tumultueuse et créative, participeraient à des rapports entre les hommes qui ne seraient rien d'autre que des rapports entre les hommes."6; Phrase de philosophe plus que d'historien ; phrase d'écrivain plus que de philosophe ! Elle témoigne de l'engagement sincère de l'homme, du citoyen, dans son temps - engagement qui se manifeste peut-être mieux dans les travaux de Baschet sur les mouvements zapatistes7.
La révolution serait un objet de travail pour l'historien, plus qu'un modèle d'intelligibilité de l'histoire. C'est que la révolution, entrée dans le domaine de l'historien, est morte. Mais pas le devenir-révolutionnaire, qui, peut-être, s'en trouve renforcé. Il n'y a pas besoin de faire de la politique ou de prendre les armes pour être investi d'un tel devenir. Comme actualisation des forces révolutionnaires, à savoir principalement la volonté de rupture avec les institutions, les normes, le majoritaire, il travaille l'historien lui-même, que ce soit Wirth ou, plus profondément Baschet, dans cette pratique, encore timide, encore schizophrénique, de l'anachronisme politique. A notre époque où le critère de scientificité en histoire comme ailleurs est la spécialisation, il est révolutionnaire en effet de comparer le XIIeet le XXIe siècle, de mener de front des recherches sur l'art roman et sur les zapatistes. C'est une rupture avec les habitudes disciplinaires et institutionnelles (qui obligent chaque spécialiste à délimiter et à cultiver son petit jardin) ; et c'est une rupture avec la conception habituelle de l'histoire, qui est de réussir à se faire une représentation exacte du passé pour mieux connaître le passé; puisqu'il s'agit en fait, de mieux connaître le passé pour mieux connaître le présent. Elle ne doit pas juste nous apporter de nouvelles connaissances, mais remettre en cause les connaissances que nous possédions déjà .
Dynamiques et révolutions en histoire
Au moment de la mise en ligne de son commentaire, j’avais dit à Thomas Golsenne, en privé, combien je lui étais reconnaissant de sa lecture et, sur un plan très personnel, de son souci de mettre en lien différents aspects de mon travail. Quelques remarques plus précises arrivent enfin, sans se presser, au risque du contretemps, ce qui n’est sans doute pas sans rapport avec les pérégrinations de l’auteur entre XIIe et XXIe siècles.
Je voudrais observer qu’il n’est pas forcément aisé de qualifier les positions méthodologiques ou théoriques des chercheurs uniquement à partir de leur attitude face à tel ou tel objet spécifique. Ainsi, pour commencer par un point mineur, je n’ai pas cherché à opposer une méthode synchronique (la mienne) à une autre diachronique (celle de Jean Wirth), car il est évident et Thomas Golsenne le reconnaît un peu plus loin, que l’une et l’autre sont à la fois synchroniques et diachroniques. Je faisais seulement valoir deux risques opposés : celui d’un déficit en matière de diachronie courte (dans mon propre travail), celui d’un déficit dans le repérage de la variabilité synchronique (chez J. Wirth). C’est important pour l’analyse des images ; mais sur le plan théorique, l’écart est assez mince.
Surtout, je crains de ne pas me reconnaître (sauf auto-méprise forcément envisageable) dans la posture continuiste que Thomas m’attribue. Il me semble que l’articulation roman/gothique qui est l’enjeu de la discussion avec J. Wirth, est un problème trop spécifique pour permettre de déterminer la position des uns et des autres quant aux modèles d’historicité qu’ils utilisent (en tout cas pour ce qui concerne la dualité discontinuistes/continuistes). Je me souviens au passage que j’avais inscrit ma thèse sous le signe de la discontinuité foucaldienne, faisant des fresques de Buffalmacco le point d’une rupture majeure dans l’histoire des représentations infernales ; mais il est vrai que c’était une autre époque (quoi que, par ailleurs, rien ne m’ait incité depuis à revoir à la baisse l’intensité de cette rupture).
Autres exemples. Ferme partisan du long Moyen Age legoffien, je me refuse à voir dans la Renaissance la rupture qu’en fait le modèle historiographique commun (sans pour autant nier, bien entendu, l’ampleur des transformations qui affectent les XVe et XVIe siècles). En revanche, il me semble que la seconde moitié du XVIIIe siècle (en gros, et sans entrer plus avant dans la discussion) est le moment d’une rupture radicale : fin du long Moyen Age ; basculement dans un système nouveau, capitalisme et modernité. Il est du reste très difficile d’ajuster notre rapport au Moyen Age, si l’on ne prend pas la mesure du bouleversement qui intervient alors. Bref, le problème est moins de savoir si on est continuiste ou discontinuiste ; il consiste plutôt à voir les continuités là où il y en a, et les discontinuités là où elles sont.
Mais les termes continuité/discontinuité sont équivoques et sans doute peu adéquats. Pour revenir au roman et au gothique, il serait absurde de nier qu’il y a de profondes transformations au cours des périodes que couvrent les deux livres de J. Wirth. Ce que je propose, en fait, c’est de recourir à la notion de « dynamique », que j’utilise, comme d’autres médiévistes, et qui sous-tend mon livre sur la civilisation féodale. Mon objection, face à l’approche de J. Wirth, consiste à faire valoir que c’est une même dynamique qui opère tout au long des époques romanes et gothiques, ce qui oblige à en saisir tout à la fois l’unité et les profondes différences. Une dynamique, c’est ce qui fait qu’un système ne cesse de se transformer et produit des configurations successives très diverses et parfois radicalement opposées, précisément sous l’effet des logiques qui le constituent comme système. Il me semble que l’on dépasse ainsi l’opposition continuité/discontinuité (pour ne rien dire des facilités du type une pincée de sel, un pincée de poivre).
Reste que dynamique n’est pas un mot magique ; y recourir ne sert à rien si l’on est pas en mesure de proposer une analyse historique éclairant en quoi consiste la dynamique en question. En l’occurrence, je ne vous fais pas le topo, je mentionne seulement trois aspects (fortement corrélés) de la dynamique qui, à mon sens, éclairent la discussion sur les images des XIe-XIIIe siècles : dynamique d’articulation non-dualiste du spirituel et du matériel ; augmentation du taux d’iconicité ; renforcement de la puissance de l’institution ecclésiale.
Bien sûr, tout ceci, et notamment la notion de dynamique, suppose de se mettre d’accord sur notre objet comme chercheurs en sciences sociales. De mon point de vue, la tâche de ceux-ci, parmi lesquels les historiens, est d’étudier des systèmes sociaux, c'est-à -dire d’en comprendre en même temps les logiques et les dynamiques. C’est assez molaire, j’en conviens ; mais je ne crois pas que l’on puisse y échapper. Jusqu’à présent du moins, les systèmes sociaux qu’a expérimentés l’humanité réclament une analyse historique et structurale qui a encore pas mal de pain sur la planche et sans laquelle on risque de n’y rien comprendre. Reste aussi à s’entendre sur ce que l’on entend par « histoire », mais je ne vais pas plus loin, ni n’ouvre le tiroir du hasard et de la causalité.
D’ailleurs, il en va peut-être de « révolution » comme d’« histoire », deux termes dont il faut assurément critiquer l’usage (et la conception) qu’en a fait la modernité classique. Mais, dans un cas comme dans l’autre, le moment où, sous le coup de cette critique, ils semblaient hors course, est peut-être en train de passer. Je ne sais pas si c’est l’effet de l’histoire ou du devenir, mais les temps changent (vous voyez que je ne suis pas si continuiste que cela) ; et il me semble que nous sommes entrés dans un moment très différent, inverse même à certains égards, de celui qui donnait sens aux critiques des années 60 et 70. Il nous revient d’analyser le monde depuis une tout autre expérience historique. Et, si le mot « révolution » était, un temps, devenu imprononçable sinon impensable (les zapatistes en ont eux aussi fait la critique et l’ont récusé), il n’est pas certain qu’il ne soit amené à revivre d’une nouvelle vie (assumant les critiques que le devenir-révolutionnaire lui assène).