Suzanne Moisson

"Rien de mon visage"

De Suzanne Moisson on a dit : elle est « spéciale », « cocasse », « inoubliable ». On a trouvé sa vie « romanesque ».
Elle est morte il y a plus de vingt ans, en 1991. couv-suzQuelques personnes qui l’ont connue vivent encore.

Suzanne Moisson a traversé le siècle entre Saint-Martin, en Haute-Provence, où elle cultivait des lavandes et fabriquait du miel, et Paris, où elle se rendait chaque mois de décembre pour le plaisir de dépenser son argent – fourrures, parfums, théâtre, cinéma. Elle a été mariée deux fois, n’a pas eu d’enfants. Elle habitait en compagnie de deux Italiens, ses ouvriers, avec qui elle formait une famille étrange et unie. Son père, chef de la Maison Dorée, restaurant parisien célèbre du Second Empire, lui avait légué des terres arides et des rêves de luxe. Mystère de cette femme qui aimait tout à la fois les travaux des champs et les tailleurs Vionnet, qui n’était ni châtelaine ni paysanne, mais simplement elle-même.

Pourtant, rien n’a subsisté d’elle après sa mort : pas d’héritiers, pas de papiers personnels. Pas de mémoire.

Ses lettres, ses chandeliers russes, ses cahiers de recettes, ses manteaux de fourrure et son matériel agricole, tout a été éparpillé. On a retrouvé quelques rares photos (le domaine de Saint-Martin, une silhouette perdue sur le plateau, un portrait de groupe), un bout de film 8 millimètres en couleur, et, à la mairie de Roumoules, les archives administratives : acte de naissance, de mariage, de décès.

Reste la possibilité d’un roman. Fouiller les souvenirs, fragiles, de ceux qui ont croisé cette femme et n’ont pu l’oublier. Pour finalement la réinventer, libre et entière.

De ce projet est né Rien de mon visage, publié aux éditions Léo Scheer, dans la collection Laureli, en mars 2012.

 

Documentation. Les photographies et le film 8 mm ont donné lieu, lors de l’écriture du roman, à des échappées, sortes de variations libres autour du personnage et des lieux.

Ci-dessous, "Chez Suzanne Moisson." Souvenirs de ma grand-mère, réalisé en novembre 2008.
Petit montage réalisé à partir d’un film d’archive, consacré à la grand-mère de Claire Moyrand, amie de Suzanne Moisson.


Ci-dessous, une animation construite autour de dix photographies d’archives et de neuf extraits d’un état antérieur du texte.